février mars - Copie

Cet article ne va pas être facile à écrire,

douloureux peut-être,

parce que là en quelques lignes je vais dévoiler une de mes faiblesses, elle, ma grande faiblesse,

alors je vais commencer par là

peut-être que ce sera plus simple après :

Je n’ai pas d’amis, ou si peu, mais vraiment très peu, très, très peu,

celles que j’ai sont loin de moi, je les vois rarement, presque jamais même, pas assez,

bref, je n’ai pas d’amis, ni copines, ni copains, juste pas,

je le réécris une seconde fois, et pourtant, tu vois, en l’écrivant j’ai honte,

terriblement honte encore d’avantage que si je me retrouvais toute nue au beau milieu d’un supermarché

tu me diras si j’ai si honte, j’aurai pu ne pas l’écrire, ne rien dire de ça, faire comme si, après tout toi qui est là derrière ton écran, tu ne te poses peut-être pas la question,

mais j’ai besoin de l’écrire aujourd’hui parce que …

Commençons par le début,

mes premiers amis quand j’ai appris à marcher ce fut Marine et Olivier, des petits voisins de notre village de Seysses,

il y a près de 36 ans, je me souviens d’eux, de cette banane partagée au coin d’un buffet, c’est dire, je m’en souviens

on a déménagé,

j’avais 3 ans, je suis allée à l’école, le premier jour, on me l’a raconté souvent, la première seconde où je suis entrée sous ce préau, je suis allée vers elle, droit vers elle, Marion, puis il y a eu Nadège, et ce trio nous l’avons mené droitement, jusqu’à la 5ème

je me souviens d’une maternelle et d’une primaire heureuse, pleine de jeux et de complicité, solide,

des chamailleries, rien de grave, j’avais ma place, ma bonne place,

Et puis il y a eu la 5ème, toujours Marion et Nadège mais un nouveau groupe aussi, je me souviens de ce jour, juste devant l’entrée du bâtiment 2, « tu n’es pas drôle, on a plus envie d’être tes copines »

Je leur en ai voulu terriblement à ne pas pardonner,

Je n’ai plus eu d’amis,  je me souviens de l’angoisse de manger seule à la cantine,

Je suis partie pour le Lycée, loin à 300kms, j’ai rêvé d’ailleurs quitte à 16 ans à quitter mes parents,

J’ai eu au lycée trois merveilleuses amies, vraiment, j’ai adoré ces années-là,

je les aimais si fort que j’en ai été jalouses, je les aimais si fort que j’ai tout gâché

de toute façon je ne méritais pas d’avoir des amies, on ne pouvait pas m’aimer, je n’étais pas drôle,

je n’ai plus eu d’amies, nos routes ont pris des chemins différents,

on a perdu contact, elles ont toutes les 3 gardé contact, pas moi,

je n’ai plus eu d’amies pendant plusieurs mois à nouveau, et puis quelques unes par ci par là, jamais longtemps, toujours pareil, des espoirs, des déceptions,

j’ai perdu contact, encore et encore, ou pas, mais une distance, un éloignement,

je ne sais plus être amie, je crois,

 je ne sais pas me faire aimer, parce que je ne sais pas aimer, dire la considération que j’ai pour les gens, partager, me livrer, briser la carapace, j’ai été blessée, très blessée, encore trop d’orgueil pour le dire,

j’étais seule encore, et à chaque fois les mêmes questions : je ne valais donc si peu, quoi trop idiote,  pas intéressante, trop moche, trop triste, pas assez de culture et trop exigeante… pas assez, , et trop encore …

mais en fait c’est juste que je ne sais pas

je bave devant ces bandes de potes, à la « friends », les grandes tables, les piques-niques entre copains avec les enfants qui courent entre les assiettes en carton, les veillées à la plage, les voyages entre copains, les virées shopping entre filles, emmener ensemble nos mômes au parc,

souvent je me demande si ça existe dans la vraie vie si vraiment beaucoup de gens ont beaucoup d’amis, ou si ils font comme si

 moi j’en rêve,

oui mais voilà, l’histoire n’a pas voulu ça

longtemps je n’ai pas eu confiance en moi,

timide même,

je n’osais pas aller vers les gens, leur parler, même demander un simple renseignement, je n’osais pas,

peur de déranger, peur de passer pour une idiote,

ma timidité peut passer parfois du mépris, de l’indifférence

ne te méprends pas, ça n’en est pas,

aujourd’hui je ne me sens pas timide, mais discrète,

je peux facilement prendre la parole en public,

je me suis détachée du regard des autres, j’ai pris de la distance avec leur jugement

j’ai regagné confiance en moi, récemment, c’est la poulette en fait qui m’a redonné ce respect de moi-même, cette valeur, un accouchement réussi, un allaitement porteur, et cette confiance qu’elle m’a d’emblée accordé si fort,

je me pose moins de questions,

et puis je prends sur moi,

pour eux,

parce-que je ne veux pas qu’ils soient comme ça

je rêve d’enfants sociables, à l’aise en société qui ont leur place, partout, entourés, aimés, épanouis, bavards, extravertis,

mais pourtant …

ils détournent le regard, se cachent derrière mes jambes, ne parlent pas, n’y vont pas,

et moi je les regarde, agacée, mais ce n’est pas vraiment de l’agacement,

j’ai mal,

il y  des choses qu’on transmet sans le vouloir c’est étrange, je me pose souvent des questions, Est-ce l’éducation que je leur donne qui veut ça, est-ce génétique, est-ce moi ?

Alors je prends sur moi,

je m’efforce d’aller vers les autres, de leur parler, de refouler ma timidité, de ne pas leur montrer que j’ai parfois cette crainte, de leur communiquer cette ouverture aux autres,

être curieux des autres c’est une qualité immense que j’aimerais qu’ils aient,

mais pour autant

je n’ai pas d’amis (ou si peu)

je ne sais pas entretenir une conversation, j’admire les gens qui comme ça parlent de tout, de rien, je ne sais pas,

je ne parle que peu de moi, ça intéresse qui, et puis j’ai quoi à dire finalement,

je ne pose pas de questions, peur d’être indiscrète

je ne parle pas des autres, je n’aime pas cancaner,

alors parler de quoi, je ne sais pas, je me creuse les méninges, je trouve un sujet, j’enchaîne deux, trois phrases et puis le blanc, je ne sais plus quoi dire,

je rêve d’une bande de potes mais c’est ainsi je n’ai pas de talent de sociabilité, je ne suis pas douée sur le plan relationnel, je ne sais pas aimer, je ne sais pas me faire aimer,

et encore parfois je n’ose pas, inviter, proposer, j’ai peur que l’autre, celui convoité, n’y voit pas d’intérêt, se demande pourquoi soudain, refuse, parfois encore je n’ose pas

et puis j’aime ma liberté, ma solitude aussi parfois,

je n’ai jamais su trouver l’équilibre, entre moi et les autres

 moi l’animal sauvage,

on ne refait pas l’histoire, c’est ainsi je n’ai pas d’amis,

je ne me sens pourtant pas seule,

je suis heureuse oui,

mais ma faiblesse restera ma faiblesse

je ne veux pas qu’elle soit celle de mes enfants,

et pourtant …

moi

l’animal sauvage

 à moi des sauvageons sont cramponnés

et j’ai mal de les voir ainsi

 

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