d'un coup

 

Je me suis levée ce matin-là

un matin comme un autre en apparence

un rayon de soleil, un café chaud, un petit moment à moi

j’Ă©tais sereine ce matin-lĂ 

un matin comme un autre en apparence et pourtant un de ces matins un peu exceptionnel

oĂč l’on se sent un peu nouvelle

Je les ai réveillé tout doucement comme chaque matin

une caresse, un bisou, un mot doux au creux de l’oreille

je les  ai portĂ©s chacun leur tour, chacun leur tour ils ont entourĂ© leur bras autour de mon cou, posĂ© leur tĂȘte sur mot Ă©paule,

et chacun leur tour j’ai senti leur souffle si doux me chatouiller leur cou

comme chaque matin

et pourtant ce matin lĂ 

tout était différent

ce matin-lĂ  nous n’avions plus de lit Ă  barreau Ă  la maison, plus de lit bĂ©bĂ©,

ce matin-lĂ  j’ai levĂ© ma tout petite dans un lit de grande,  un lit avec une couette rose parce qu’elle aime le rose

ma toute petite, mon bĂ©bé  n’est plus un bĂ©bĂ©

ce matin là, nous avons déjeuné

et mon superhĂ©ros m’a dit comme il me l’a dit cent fois auparavant « maman j’ai une dent qui bouge  »

et comme les 100 derniĂšres fois, j’ai glissĂ© mon doigt dans sa bouche en riant « montres-moi ça mon grand! » en m’apprĂȘtant encore Ă  lui dire dans un rire « oh oui dis-donc mais il va falloir attendre encore quelques mois avant qu’elle tombe! »

et pourtant ce matin-lĂ  j’ai dit « oh mon dieu mais oui il y en a mĂȘme deux qui bougent! »

il a Ă©tĂ© aussi surpris que moi dis donc, et m’a regardĂ© les yeux ronds, que deviendront ses deux petites dents du bonheur, les nouvelles seront-elles aussi heureuses?

 

ce matin-lĂ  j’ai habillĂ© ma douce, elle a rĂąlĂ© encore une fois parce qu’elle ne voulait pas ce pantalon lĂ , ni celui-lĂ , et encore moins celui-lĂ , mais juste celui-ci, et ce t-shirt lĂ , et non pas ce pull mais celui-lĂ ,

ce matin-là comme les quelques matins précédents

mais ce matin-lĂ  ma douce une fois habillĂ©e, m’a regardĂ© droit dans les yeux pour me dire « moi vai pas Ă  la cheche aujoudui vai Ă  l’Ă©cole moi » , elle s’est approchĂ© de moi, a mis ses mains autour de mon cou comme pour me rassurer et a susurrĂ© dans mon oreille « moi fai pipi au pot vai Ă  ecole maintenant maman »

 

ce matin-lĂ  en apparence Ă©tait un matin comme les autres

en apparence

 

ce matin-lĂ 

 

d’un coup d’un seul

mes touts petits Ă©taient devenus grands

 

J’ai regardĂ© autour de moi, dans la maison je n’ai plus vu ni lit Ă  barreau, ni poussette, ni couches, ni biberons,

 

plus de bébés

 

il n’y a plus  de bĂ©bĂ©, il n’y en aura peut-ĂȘtre plus jamais, sĂ»rement mĂȘme

 

j’ai eu un pincement au cƓur

un frisson de peur, de craintes, de doutes,

Prendre soin d’un bĂ©bĂ© je sais, ĂȘtre la maman cĂąlin de touts petits, je sais

mais des grands ?  quelle maman de grands serais-je, saurais-je seulement ?

un peu de nostalgie aussi, de ces petites mains potelées, de ces tétées, de cette découverte, de ces sourires aux anges, de cette rencontre magique

 

un peu de tristesse

 

furtive si furtive

de la fierté beaucoup, une immense fierté de les voir devenir grands,

 

ma poulette si fiĂšre de savoir sauter et de dĂ©coller si haut, qu’elle saute sans arrĂȘt

mon superhĂ©ros qui rĂȘve d’indĂ©pendance, prĂȘt Ă  cavaler sur son vĂ©lo par monts et par vaux,

 

ce matin-lĂ  comme tous les autres

 

nous avons quitté la maison tous les trois

ils ont glissé chacun une petite main dans les miennes

chacun leur tour ils ont chuchotĂ© « maman je t’aime » quand je leur ai dit « Ă  ce soir »

 

ce matin plus qu’un autre

bizarrement je suis heureuse

 

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