J’aurais aimé commencer l’année sur une note un peu plus colorée,

vous souhaiter mes vœux pleins d’espoirs et d’ambition pour cette nouvelle année,

je le ferai un autre jour, d’accord ?

c’est pas ma faute,

il pleut, le ciel est gris,

rentrée zou.jpg

et moi aussi

et puis j’ai si peu écrit ces derniers mois et là encore j’aurais voulu un autre ton, plus enjoué

celui d’aujourd’hui ne reflète pas ces mois silencieux,

pas de nouvelles, bonnes nouvelles

des nouvelles …

enfin, tu le comprends bien n’est-ce pas, une fois écrit , le gris est plus léger, mon arme contre le gris c’est l’écriture, alors j’écris tant pis, pour la couleur sombre et le ton morne,

Cette matinée, je me l’étais imaginé parfaite,

j’ai beau avoir 37 ans, j’ai encore des illusions, ou disons plutôt que je fais preuve régulièrement d’une grande naïveté.

C’était son jour, aujourd’hui

tant attendu, si important, une nouvelle ère, une page blanche toute neuve à remplir de découvertes

comme le premier rite initiatique

  son grand jour quoi!

son 1er jour d’école,

elle était si fière d’y aller, si contente, voilà 4 mois qu’elle l’annonce,

« en janvier je vais à l’école »

et que le décompte est lancé « c’est demain janvier maman »

Elle avait choisi son cartable, ou plutôt, elle avait insisté pour en avoir un comme son frère, nous prouvant en s’y attelant avec volonté qu’elle saurait l’ouvrir et le fermer seule

elle a donc eu son tann’s elle aussi, rose à pois blanc

Elle a visité l’école deux fois avec la crèche, avec papa, a bien identifié sa maîtresse et avait pleins de choses à lui montrer : comment elle saute bien, comment elle dessine les bonhommes, comment elle chante papa noël, comment elle sait compter jusqu’à trois, parfois jusqu’à 5

avant de partir en vacances, nous avons mis dans le cartable le cahier de liaison, la tenue de rechange, la poche à doudou, les mouchoirs, ah oui les mouchoirs!

elle s’est baladée une bonne matinée dans le salon avec son cartable sur le dos.

et puis nous avons préparé de jolis habits, évidemment,

pas de sourires en coin,  toutes les mamans font ça, j’en suis certaine,

et puis nous lui avons raconté avec engouement, combien l’école ça  sera super, (en en faisant des tonnes, trop évidemment aussi)…

avec sa copine chérie Elhaya…

Ma tout douce, elle est si forte, si vive, si facile,

elle était prête,

c’était pour moi une évidence

y avait bien depuis quelques jours ces plaques d’eczema sur les bras …

que nenni

j’avais envie d’une matinée parfaite,

pour elle,

peut-être qu’elle finalement elle aurait souhaité que je n’en fasse pas un enjeu si important

une journée comme les autres finalement, comme les 3000 prochaines où elle quittera  la maison son cartable sur le dos

mon bébé …

et bien oui, en quelques sortes, ce fut un jour comme les autres,

j’ai eu du mal à me lever, j’étais terriblement en retard, nous avons cherché à travers la maison tout un tas de trucs indispensables pour aujourd’hui

je suis arrivée trop tard devant le portail pour amener Arthur à la garderie, nous avons attendu l’heure de l’ouverture de l’école

et ça c’était différent des autres jours, pas son habitude,

tu imagines la suite …

cette seconde devant le portail où je lui tends son cartable,

cette seconde là où je sens ( puisque maintenant je la repère cette seconde cruciale) que tout peut basculer, la seconde S, l’unique, celle où tout se joue pour un superhéros

je la repère mais je ne sais pas la gérer, je n’y parviens pas, je suis impuissante,

c’est à cette seconde là, les yeux de mon superhéros dans les miens, qu’il lit sûrement mon impuissance,

c’est à cette seconde là qu’il me faut un sauveur, un mot rigolo ou rassurant de notre interlocuteur, un dinosaure qui traverse, un superhéros qui déverse ses pouvoirs magiques, je ne sais pas moi mais un truc qui saisit son angoisse et la dissous dans le vent

ce truc-là je ne l’ai pas, je ne sais pas faire disparaître l’angoisse quand elle le saisit,

ce matin il n’y avait personne devant ce portail ni interlocuteur aux bons mots, ni dinosaures, pas de pouvoirs magiques, juste un pauvre superhéros angoissé,

et moi une maman qui avait envie de pleurer

parce que non, mince, pas aujourd’hui, il n’avait pas le droit!

parce-qu’il y avait sa sœur aussi, accrochée à ma main et que mince c’était son premier jour à elle,

j’ai pas géré, j’ai pas rassuré, je me suis agacée,

j’ai franchi le portail que les autres parents ne franchissent pas, je me suis retrouvée là au milieu des autres enfants, aussi perdue que lui,

son copain est arrivé en courant vers lui

je l’ai planté là avec son copain, et son cartable trop lourd, mouillé de ses larmes, et je n’ai rien trouvé de mieux que de lui reprocher d’avoir gâché le jour de sa sœur

c’est débile, je n’ai pas d’autre mot plus joli pour le dire, je m’en suis rendu compte à peine l’avoir dit

je suis parti n’attendant au milieu des rires que ses larmes à lui,

je l’ai laissé là avec mon reproche et sans adulte rassurant à l’horizon

je ne pensais qu’à elle, pour une fois,

J’ai tâché de faire bonne figure, d’adoucir mes traits agacés, de reprendre mon ton enjoué

 » Allez ma chérie à ton tour, tu vas voir tu vas bien t’amuser! »

c’est naze, comment aurait-elle pu croire ça

Elle m’a donné la main stoïque, nous sommes allées prendre son cartable dans la voiture, elle a voulu le porter,

devant la classe, elle n’a plus voulu marcher, elle a voulu que je la porte,

elle a passé ses petits bras autour de mon cou et l’a serré très fort,

on a posé ses petites affaires,

on est allées dans la classe,

elle a vu ses petites copines de crèche, elle s’en fichait,

elle a resserré son étreinte

je lui ai montré la cuisine, les puzzles, les feutres,

elle a  serré plus fort encore

elle s’est mise à sangloter, tout doucement d’abord, je lui ai dit ça va aller, elle a pleuré plus fort encore,

je lui ai dit ma puce c’est nouveau, c’est normal que tu sois inquiète mais je suis sure que tu vas apprendre ici de très chouettes choses, je reviens te chercher tout à l’heure tu me raconteras, elle a pleuré encore d’avantage,

je l’ai déposé sur les genoux de la maîtresse, ainsi, je suis partie

ou plutôt je me suis sauvée

j’ai toujours dans ces moments-là l’impression de me sauver comme une voleuse,

une voleuse …

j’ai enfilé ma panoplie de maman, tu sais celle que l’on te donne dès la naissance de ton premier enfant,

le doute et la culpabilité

la peur aussi,

Est-ce qu’elle était réellement prête, c’est un piège de croire tout facile avec elle, du coup je ne suis pas assez vigilante, et puis toute la journée c’est long, j’aurais du ne l’y mettre que le matin …

Est-ce que ça va aller …

et puis pourquoi je ne sais pas gérer ça ces moments de séparation, je suis nulle, ils ont oublié un truc dans ma panoplie de maman, où puis-je réclamer ?

et puis après tout, n’est-ce pas juste normal qu’elle pleure le premier jour d’école?

n’est-ce pas juste normal cette boule au creux de mon ventre, cette gorge serrée que j’essaie de détendre à coup de café, cette nausée que j’essaie d’estomper à coup de chocolats, c’est aussi ça le lot de la maman parfaite, non ?

mes enfants grandissent

et moi j’ai encore du chemin à faire

d’abord accepter

nota bene : rien ne sert de prendre un jour de congé pour la rentrée de tes enfants, une fois le portail fermé tu te retrouves seule à broyer ton gris, ton doute, ta culpabilité, et à manger du chocolat

pour tout réconfort j’ai une maison à ranger

ce que je ne vais point faire

parce-que je vais aller nager,

j’ai du chocolat à éliminer et des résolutions à tenir

bises

et merci ça va déjà mieux

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